EDITION 1 28 et 29/6/2014

 

40ème kilomètre de la première étape de Liège-Rome-Liège. Au loin, deux frêles silhouettes. Un instant l’envie de rejoindre deux compagnons de route. Même si on se sent bien dans sa peau dans le rôle de lanterne rouge. Que nenni ! Voici deux affables dames bravant les rafales et la pluie incessante pour le grand plaisir de s’ébouriffer les cheveux au vent du Condroz. Bonjour Mesdames, bonjour Monsieur ! Mais où courrez vous donc ainsi ? A Rome, pardi. Rome ? Mais ce n’est pas possible… L’envie, un court instant, de jouer les fanfarons et de laisser croire que le but de la course est la ville lumière. Mais non. Juste Rome, à côté de Durbuy. Et de prendre cinq minutes (qu’importe le temps quand seule compte la lenteur) pour expliquer « l’affaire ». Liège-Rome-Li ège, historiquement parlant, c’est la fameuse course automobile créée en 1931 par le Royal Motor Union. lle s’est déroulée chaque année, jusqu’en 1961, avec une interruption de 1939 à 1950. Liégeois bon teint, pas avare de facéties, notre ami Jacques Fontaine (« Fonfon » pour les Célestes) a décliné le concept en forme de course à pied. Un joli clin d’oeil et une première édition en 2012, en alternance avec l’Ultra Tour de Liège. Les deux épreuves étant l’oeuvre du même groupe d’organisateurs dans lesquels ont retrouve notamment les omniprésents Jacques Fontaine (« Fonfon »), Eric Naisse (« Madness »), Jean-Marc- Delhasse(« Le Crollé ») , Michel Orban (« Mike ») ou l’éternel Roger Archambeau. 2014 a donc consacré une deuxième édition, tout aussi charmante que la première, même si nous n’étions qu’une vingtaine au rendez-vous. Dont une majorité de coureurs célestes et un certain Alanzal, le multiplevainqueur du Marathon des Sables. Un vainqueur en puissance, le classement s’effectuant sur la première étape (54 kilomètres)…à condition de participer à la deuxième (48 kilomètres), en groupe, le lendemain. Le prince des sables devra pourtant laisser la victoire à Alain Steemans (« Marsu »). Il faut dire que notre Céleste carbure à la super en ce début d’été. En pleine préparation pour la Petite Trotte à Léon (encompagnie de notre prince du Mali Bernard Godon),Marsu est quasi en entraînement permanent. Avec, notamment, des séances de quatre heures non-stop dans des talus ! Derrière lui, Alanzal, évidemment peu habitué à courir dans la flotte, ratait quelques aiguillages…malgré la qualité du fléchage. Mais qu’importe. Dans ce Liège-Rome-Liège, le classement est bien ce qu’il y a de plus négligeable. Sous la houlette de l’équipe organisatrice la plus souriante de la planète, chaque pas est une approche du plaisir. Plaisir d’une nature en éveil aux portes de la Cité,chaleur des efforts partagés, bonheur des embrassades d’arrivée et dernières défaillances héroïques quand la bière se transforme en or.Et, pourtant, nous n’étions qu’une vingtaine. Fiers comme des baroudeurs au départ devant le Palais des Princes Evêques. Heureux comme des gamins dans les sentiers gorgés d’eau. Libérés comme des derviches tourneurs au pied de la pompe à bière de la tonnelle d’arrivée. Dieu que tout cela était bon. Serait-ce justement parce que nous n’étions qu’une vingtaine ? Peutêtre… mais il est certain que Liège-Rome-Liège mériteun peloton plus étoffé. Car c’est bien plus qu’une course. Des croissants du départ aux chopes de trois litres à l’arrivée. Mais, dans un monde de plus en plus formaté et auquel la course à pied n’échappe pas, Liège-Rome-Liège est peut-être un peu trop pour tous ceux qui programment leur vie de A à Z, au rythme des challenges de tout poil ou des épreuves hautement médiatisées qui donnent sans doute à la plupart d’entre nous un sentiment plus fort de reconnaissance. Tant pis. A chacun sa vie. Pour notre part, nous voudrions que tous les week-ends, à l’image de Liège-Rome-Liège, soient ce cocktail apaisant pour un corps qui bouge au rythme de la nature, un coeur qui bat aux tendresses des autres et une âme qui s’envole au souffle des vents nouveaux.

Le Hogon (Fernand MARECHAL)

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Les 3 premiers au scratch (de g. à d. Michel HENRION, Severine VANDERMEULEN et Alain STEEMAN), en compagnie de Lahcen AHANSAL, multiple vainqueur du Marathon des Sables.